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LEMONDE | 20.03.10 | 13h54

Michel Serres compare la crise actuelle à “une faille géante au niveau des plaques basses qui se meuvent lentement et cassent tout à coup dans les abysses tectoniques invisibles”. Ce serait, dit-il, une erreur d’en localiser l’épicentre en surface, dans le “visible” financier et économique. Il se situe plus profond, dans le choix des valeurs d’orientation constituant l’ethos d’un type de société, dans le contresens de “croire qu’une société ne vit que de pain et de jeux, d’économie et de spectacle, de pouvoir d’achat et de médias”. Une option aussi indigente expose fatalement à l’embardée majeure.

En lisant Michel Serres, on pense à Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue Esprit, prématurément disparu à 45 ans, le 22 mars 1950. Face à la “grande crise”, il se livre à une analyse spectrale du désordre économique avec un même souci d’en scruter les causes profondes relevant, à ses yeux, de l’ordre du “spirituel”. Lire la suite »

Recul de l’histoire

Il faut oser regarder les choses en face : quand la Crise s’est abattue sur la culture, nous avons été les premiers à être emportés, balayés comme paille et poussière. Quand brusquement l’esprit moderne s’est mis à douter de lui-même, de sa mission, de sa grandeur, de son avenir, ce ne sont pas nos découvertes, notre enseignement et nos pauvres conjectures qui lui parurent un appui suffisant à quoi se raccrocher. Une dernière fois, oui, nous fûmes convoqués comme témoins, témoins du désespoir et de l’incertitude : je songe à la faveur de l’historisme qui marqua dans les années d’après-guerre un moment fugitif de la désagrégation des vieilles idoles. On n’était plus aussi certain de la réalité du progrès; celui-ci se dégradait en un pur Devenir, vidé de tout contenu éthique; le passé apparut jonché des cadavres de civilisations disparues, contradictoires, éphémères et vaines. Nous fûmes appelés à témoigner du relativisme fondamental de toutes les croyances et les institutions humaines : nous avons partagé avec les ethnologues l’honneur d’alimenter le désespoir d’une culture malade, incertaine d’elle-même et de tout.

Cela même aujourd’hui n’a plus grande importance : il faut en prendre conscience, mes pauvres amis; nous faisons encore de l’histoire, et nous faisons tourner notre petit moulin; nous publions des documents et nous trions des faits. Mais le monde autour de nous se moque éperdument de tout ce que nous pouvons bien raconter. Si vous n’y prenez garde, tandis que vous continuerez vos jeux, vous serez complètement liquidés par une culture où nulle place ne vous sera gardée : personne bientôt ne croit plus à notre utilité (Tristesse de l’historien, p.14).

Ils ont dit…

Je me méfie de tous les faiseurs de systèmes et m’écarte de leur chemin. L’esprit de système est un manque de probité.

Friedrich Nietzsche (1844-1900)

Par Ernesto Carmona,  journaliste et conseiller à la FELAP (Federación Latino Americana de  Periodistas), conseiller du Collège National de Journalistes du Chili et associé au Cercle de Journalistes de Santiago.

Les grands médias ont célébré Mark Zuckerberg comme l’enfant prodige qui, à l’âge de 23 ans, s’est transformé en milliardaire multimillionnaire grâce au succès de Facebook, mais ils n’ont pas prêté attention à “ l’investissement de capital -risque ” de plus de 40 millions de dollars effectué par la CIA pour développer le réseau social.

Quand le délire spéculatif de Wall Street a fait croire aux imprudents que la valeur de Facebook monterait à 15 millions de dollars, en 2008 Zuckerberg est devenu le milliardaire  “ qui s’est fait tout seul ” le plus jeune de l’histoire du “ ranking ” de la revue Forbes, avec 1500 millions de dollars. Lire la suite »

“Ce qu’il faut souligner avant tout, c’est que l’Occident, avec sa politique à courte vue et sa soif de pétrole, a fait renverser Mossadegh en 1953 et a soutenu en Iran une dictature impopulaire dont le renversement en 1979 a amené au pouvoir les mollahs que les belles âmes aiment tant dénoncer aujourd’hui. Il me semble que cela [...] devrait suffir à nous inciter à un peu plus de modestie” (23 mai 2007)

Ces deux sources des archives du Bauhaus éclaire le changement de direction radical qu’a suivi l’Ecole de Weimar entre le manifeste de Gropius de 1919 et la vision technologique et standardisée de Schlemmer (1922).

1. Walter Gropius, extrait du manifeste de 1919

“Des architectes, sculpteurs, peintres; nous devons tous revenir au travail manuel, parce que iI n’y a pas «d’art professionnel». Il n’existe aucune différence, quant à l’essence, entre l’artiste et l’artisan. L’artiste n’est qu’un artisan inspiré. (…)

Formons donc, une nouvelle corporation d’artisans, sans l’arrogance des classes séparées et par laquelle a été erigé un mur d’orgueil entre artisans et artistes. Voulons, concevons et créons ensemble la nouvelle construction de l’avenir, qui embrassera tout en une seule forme: architecture, plastique et peinture, qui s’élèvera par les mains de millions d’ouvriers vers le ciel futur, comme le symbole cristallin d’une nouvelle foi prochaine“.

2. Oskar Schlemmer (1922)

“Je n’ai aucun sens de la décoration. Je suis opposé au luxe, à l’inutile. L’industrie produit des récipients d’une forme et d’une précision telles qu’elle me les fait préférer à l’artisanat. Par exemple, je n’aime ni la platine, ni l’aspect martellé, je leur préfère le lissage, le brillant, le précis (…). Je ne crois pas à l’artisanat. Nous ne proposons pas l’artisanat du Moyen Age, comme l’on ne propose pas l’art médiéval, pas même par référence à une interprétation moderne.

Il a été dépassé par tout le développement moderne. L’art décoratif artisanal, à l’époque de la machine et de la technique, devient une marchandise pour les riches, dépourvue de la substance d’autrefois et de ses racines populaires.

Aujourd’hui, l’industrie fait l’artisanat d’un temps, ou le fera sur la base de son propre développement complexif : objets fonctionnels, standardisés, solides, de matériaux résistants (…)”

Oskar Schlemmer (1922), copie au Bauhaus Archiv de Berlin

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Ils ont dit…

“Lorsque tout le monde pense pareil, personne ne pense vraiment”

Walter Lippmann (1889-1974)

“Quand vous me parlez de terrorisme Madame, vous devez penser à ceci : faites l’accumulation de la guerre d’Algérie, de l’intervention de Suez, de la création d’Israël, du soutien occidental aux guerres israélo-arabes, aux interventions au Liban et finalement dans les deux guerres du Golfe et l’embargo contre l’Irak pendant 13 ans et le renversement de Mossadegh en Iran, alors demandez-vous qui attaque qui, qui menace qui, qui a le droit d’avoir peur, qui a le droit de se sentir menacé, est-ce que c’est nous à cause de quelques attentats terroristes, ou bien c’est eux à cause d’une politique consistante, cohérente, impérialiste, criminelle qui s’étend depuis des décennies?”

Jean Bricmont, né en 1952 est physicien et essayiste belge. Il fait partie du réseau chomskien avec Normand Baillargeon notamment.

Le dégoût

“Tout s’achète : l’amour, l’art, la planète Terre, vous, moi”

99 francs (folio) p. 17

ARTVIDEO (03:35) sur les liens entre l’Homme et la Consommation. Avec la participation exclusive d’Olivier Francfort. Scénario et montage par O. Fontaine.

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Sur la même thématique, le petit bijou de Beigbeder mis en images par Jan Kounen : “99 francs” (2007)

Article premier

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article II

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

Article III

Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Article IV

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Article X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Article XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi…

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Manuel Freytas est jounaliste, chercheur et analyste, spécialiste du renseignement et de la communication stratégique.

La psychose mondiale propagée par les médias à propos de la pandémie de « grippe porcine » révèle, une fois encore, le pouvoir et l’importance des grands groupes de presse en tant que manipulateurs et créateurs de comportements de masse à l’échelle mondiale. Lire la suite »

Le journaliste belge Michel Collon, invité de F. Taddeï, porte un jugement lucide sur les interactions entre pouvoir, pétrole et suprématie israélo-étasunienne…

Pour aller plus loin : le site de Michel Collon

Ils ont dit…

“Tous les animaux sont égaux, mais il y a des animaux plus égaux que d’autres”

George Orwell (1903-1950) dans “La ferme des animaux” publié en 1945, notre coup de coeur.

Résumé pour les flemmards Lire la suite »

Naomi Klein dévoile et argumente les dérives de la pensée de l’économiste Milton Friedman :“Seule une crise, réelle ou imaginaire, peut engendrer un changement profond” Lire la suite »

Publicité des années 60, ou l’art de la Propagande

Selon ce sondage, les médecins américains et les milieux de la santé ont jeté leur dévolu sur Camel

Il a fallu 30 ans pour mettre en place une politique massive anti-tabac, puisque c’est au milieu des années 60 que l’on prouvé scientifiquement que le tabac était mortel. En sera-t-il de même avec l’alcool, la pornographie et les dérives d’internet? A.F.Anaxymandre Lire la suite »

Ils ont dit…

“La plupart des gens   préféreraient mourir que de réfléchir. C’est ce qu’ils font d’ailleurs”

Bertrand Russell (1872-1970), mathématicien et philosophe britannique, auteur notamment de “La conquête du bonheur” (1930) Lire la suite »

Ils ont dit…

“Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genou”

Etienne de la Boétie (1530-1563), écrivain français auteur du Discours de la servitude volontaire

Edward BERNAYS (1891-1995) est considéré comme le père de la propagande politique institutionnelle, qu’il va rebaptiser « relations publiques ».

Il arrive très tôt à la conclusion cynique que “la propagande revient à enrégimenter l’opinion publique exactement comme une armée enrégimente les corps de ses soldats“.


Vous fumez ? C’est à Bernays que vous le devez… Si si, écoutez l’excellent Normand Baillargeon, professeur à Montréal et auteur d’un brillant “Petit cours d’autodéfense intellectuel” paru chez Lux en 2006 (disponible sur Amazon.fr).

En 1928, Bernays  rédige Propaganda (à lire en ligne !) dans lequel il décrit comment manipuler l’opinion en démocratie Lire la suite »

Noam Chomsky : Sur le contrôle de nos vies (2003)

51cna2bjh6l_sl500_aa240_Pour celles et ceux qui désirent s’initier à la pensée politique du linguiste Noam Chomsky – unanimement reconnu comme l’intellectuel le plus cité et reconnu de notre temps – je vous propose de débuter par cette conférence qu’il prononça à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, le 26 février 2000 à l’occasion du 20e anniversaire de l’Interhemispheric Resource Center.

56 pages qui invitent chaque citoyen à porter un œil critique sur son époque et à se poser certaines questions cruciales.

“A l’aube de la révolution économique aux États-Unis, il y a 150 ans, il existait en Nouvelle-Angleterre une presse ouvrière indépendante très active dirigée par des jeunes femmes des fermes ou, en ville,  par des artisans. Ils stigmatisaient la “dégradation et la soumission” induites par le système industriel naissant, qui obligeait les gens à se louer pour survivre. Il est aussi nécessaire que, peut-être,  difficile d’imaginer que le travail salarié n’était alors pas loin d’être considéré comme une véritable forme d’esclavage (…)” (p. 16)

Passages choisis, et portés à discussion Lire la suite »

REPRÉSENTATION ET COMMUNICATION PUBLICITAIRE

Une lecture du maître-ouvrage de Jean Baudrillard (1929-2007) se révèle être un formidable outil si l’on veut cerner certains mécanismes de la consommation dans notre société et débusquer quelque pendant aliénant.  Malgré un vocabulaire parfois ardu, il est fondamental de prendre du temps pour décortiquer et comprendre la pensée de Baudrillard. Il n’est également pas vain de se remémorer les paroles de Mayer : “La Société de Consommation, écrit dans un style serré, la jeune génération devrait l’étudier soigneusement. Elle se donnera peut-être pour tâche de briser ce monde monstrueux, sinon obscène, de l’abondance des objets, si formidablement soutenu par les mass media et surtout par la télévision, ce monde qui nous menace tous”.

D’autre part, nous reprenons quelques passages du texte de Laurence Barrere qui résument certains fragments de la pensée de Jean Baudrillard.

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